Après plusieurs années comme opérateur de drone dans l'armée ukrainienne, Ihor envisage désormais un avenir dans l'industrie de la défense. L'objectif est de travailler sur les essais et l'évaluation de drones de reconnaissance, et de mettre à profit son expérience du front pour développer la prochaine génération de systèmes.

Lorsque Nordic Defence Sector rencontre Ihor à Tjörn, près de Göteborg (ouest de la Suède), il participe au programme pour vétérans de Help Ukraine Gothenburg, Hug for Heroes, qui accompagne des vétérans ukrainiens blessés dans leur convalescence et leur retour à la vie professionnelle. Il est toujours officiellement employé par l'armée ukrainienne, mais il est en train de quitter ses fonctions après avoir perdu une jambe et suivi une longue rééducation.

Avant la guerre, il travaillait comme monteur vidéo dans un studio à Lviv. Après s'être engagé dans l'armée, il est devenu opérateur de drone spécialisé dans la reconnaissance.

« Je pilotais surtout des DJI Mavic et Autel. Aujourd'hui, je m'intéresse à des drones de reconnaissance plus grands, par exemple pour les essais et l'évaluation avant que les systèmes ne soient livrés aux forces militaires », explique-t-il.

Il prévoit de suivre une formation complémentaire à l'automne avant de se tourner vers l'industrie de la défense.

« L'expérience de la reconnaissance reste pertinente. Je sais de quoi l'opérateur a besoin et ce qui fonctionne réellement sur le terrain. »

Le chemin vers la vie active diffère selon les vétérans qu'il rencontre.

« Certains savent exactement ce qu'ils veulent faire. D'autres cherchent encore une nouvelle direction. Beaucoup veulent aussi tout laisser derrière eux et trouver une vie plus calme, peut-être dans l'agriculture ou en pleine nature. »

Mais lorsqu'on l'interroge sur son propre avenir, la direction est déjà tracée. Il espère pouvoir mettre son expérience au service de l'industrie de la défense.

« Mes camarades sont toujours là-bas. Après que j'ai été blessé, la situation est devenue encore plus difficile pour eux. Ils devaient marcher jusqu'à vingt kilomètres avec leur équipement pour se rendre à leurs positions et en revenir, car les véhicules risquaient d'être repérés et neutralisés par des drones FPV », explique-t-il.

Il décrit comment son expérience du front a rendu difficile son retour à la vie qu'il menait avant l'invasion. « Je pourrais reprendre mon ancien travail de monteur vidéo, mais cela ne me semble pas juste. Si je ne peux pas être là-bas avec eux sur le champ de bataille, je veux au moins travailler sur quelque chose qui puisse leur faciliter la tâche. »

Selon Ihor, l'industrie de la défense manifeste également un grand intérêt pour l'expérience des vétérans.

« Les entreprises avec lesquelles j'ai été en contact considèrent cette expérience comme précieuse. Les vétérans ne sont pas seulement bienvenus, ils sont recherchés. »

Il constate néanmoins que le passage à des systèmes de drones plus grands et plus avancés exige de nouvelles compétences.

« Je n'ai jamais travaillé avec de grandes plateformes de reconnaissance auparavant, ce qui constitue évidemment un désavantage. Mais il existe des formations en Ukraine, et je pense que les entreprises sont prêtes à former davantage des personnes qui ont déjà une expérience opérationnelle. »

Ce que les vétérans peuvent apporter, selon lui, c'est une perspective difficile à obtenir autrement.

« Nous avons utilisé ces systèmes dans des situations réelles. Nous savons quels problèmes surviennent et ce dont l'opérateur a vraiment besoin. Ce sont des connaissances qu'on ne peut pas simplement lire dans un livre. »

Il estime que l'évolution du champ de bataille a déjà commencé à modifier les types de systèmes de drones recherchés.

« Les petits drones font face à de plus en plus de contre-mesures. Les grandes plateformes de reconnaissance ont un bel avenir devant elles », dit-il.

Selon Ihor, il devient de plus en plus difficile pour les systèmes commerciaux simples d'opérer près de la ligne de front, alors que les deux camps développent de nouvelles méthodes pour brouiller, détecter et neutraliser les drones.

« Quand j'ai commencé à utiliser les Mavic et Autel, c'étaient des outils très efficaces. Mais l'évolution est rapide. Ce qui fonctionnait il y a un ou deux ans ne fonctionne pas toujours de la même façon aujourd'hui. »

Il perçoit donc un besoin croissant de plateformes de reconnaissance plus grandes et plus avancées, avec une plus grande portée et une meilleure résistance aux différents types de contre-mesures.

Il estime par ailleurs que les expériences du front peuvent contribuer au développement de la prochaine génération de systèmes.

« Déjà entre le Mavic et l'Autel, il existe de grandes différences dans leur comportement face au vent, dans le fonctionnement de la transmission d'images et dans ce qui a tendance à casser en premier. Ce sont des choses qui n'apparaissent presque jamais dans une fiche produit, mais qui comptent énormément dans la pratique. »

Il revient plusieurs fois sur le fait que l'expérience des vétérans va bien au-delà du simple pilotage de drones en situation de combat.

« Un ingénieur peut avoir passé des centaines d'heures en simulateur sans pour autant savoir ce dont l'opérateur a réellement besoin sur le terrain. Cette expérience, on ne peut l'acquérir qu'en utilisant les systèmes dans des situations réelles. »

Aux entreprises de défense nordiques, il adresse un message simple :

« Nous, les vétérans, ne cherchons pas la charité. Nous cherchons une place où notre expérience sera utile. C'est une grande différence. »